Tristan Charpentier pilotera-t-il un jour en formule 1 ?

Silverstone, Monza, Monaco… des noms qui font rêver les passionnés de courses automobile. Le Lestremois dont le papa est entrepreneur à Lens veut aussi en faire son lieu de travail au volant d’une F1. Il en a sans doute le talent, mais pas encore le chéquier. Car pour commencer à rouler, il faut commencer par payer.

Sport automobile. Faut-il croire en ses rêves ? Un sujet de Bac. Mais pour Tristan Charpentier, c’est avant tout de baquet qu’il est question. Celui qu’il espère occuper un jour, derrière le volant d’une Formule 1. Ils sont à peine plus d’une vingtaine à avoir ce privilège dans le monde. Mais un privilège qui ne s’offre qu’aux plus talentueux. Aux plus riches aussi car, dans ce milieu comptant parmi les plus élitistes de la planète sport, le vrombissement des moteurs est généralement précédé du froissement des billets.

VOLONTÉ FAROUCHE

Des virages de la piste de kart de Douvrin où il a fait ses premiers tours de roues à l’âge de 6 ans, à la grille de départ d’un Grand Prix de F1, le chemin n’a rien d’une ligne droite. Du talent, ce jeune pilote de Lestrem en a assurément. Et sa volonté est farouche. Depuis toujours. Dès l’âge de 11 ans, il part vivre en Angleterre. Un apprentissage indispensable de la langue et tous les week-ends passés sur les pistes anglaises de kart. De retour en France deux ans plus tard, il intègre l’Auto sport Academy puis le Pôle France au Mans après avoir enchaîné une victoire et six podiums en F4.

ENJEU ÉNORME

Forcément, le petit ch’ti se pique au jeu, se fait remarquer, essaie diverses formules, jusqu’en Russie, et roulait ces derniers temps en F3 britannique où les Anglais étaient généralement privilégiés. Une écurie vient de lui proposer de franchir un cap en intégrant la catégorie supérieure, la F3 Europe désormais F3 internationale. L’enjeu ? Enorme ! Rouler en lever de rideau de Grands Prix de F1 en Europe. L’officialisation doit intervenir en novembre. Mais là encore, la première course à gagner est celle du financement sans lequel le talent peut être condamné à sommeiller dans un coin perdu de l’oubli. Ce fameux baquet, il faut commencer par l’acheter. Plus de 500 000 € pour une dizaine de Grands Prix, les entraînements, la préparation.

Une opportunité méritée autant qu’inespérée d’être vu aux portes du rêve. Une course à l’argent, mais aussi une course contre le temps. Tristan fêtera bientôt ses 18 ans. Pour lui, c’est un peu maintenant ou jamais. Car là aussi, il faut aller vite. Grand espoir français de la F1, Pierre Gasly vient de prendre du galon en signant chez Red Bull. Il n’est âgé que de 22 ans et compte une saison en F1.

ÇA NE S’EST JAMAIS VU DANS LA RÉGION

Se destiner à l’élite, est-ce aussi se résoudre à une possible injustice, dans un univers où l’argent primerait sur le talent ? Le jeune pilote de Lestrem a été invité en Formule Renault. Il en coûtait 400 000 €. Impossible.

LE TEMPS PRESSE ET L’ARGENT MANQUE

Ses parents se démènent, cherchent des solutions, investissent leurs deniers. Le papa, Walter Charpentier, est transporteur à Lens. Il active ses réseaux, en démarche d’autres, jusque-là totalement inconnus de lui, au ministère des Sports notamment, son fils Tristan ayant le statut de sportif de haut niveau.

Le temps presse et l’argent manque, explique Walter Charpentier : «  C’est la course à l’âge et à l’argent  ». Alors il multiplie les contacts, notamment dans le monde de l’entreprise.

VISIBILITÉ EUROPÉENNE

De vive voix ou sur les réseaux sociaux, il évoque la Fondation pacte de performance : «  Pour Tristan, intégrer ce championnat est essentiel. C’est vrai que, pris seul, c’est beaucoup d’argent. Mais à l’échelle de la région, ce n’est rien. Des choses existent pour inciter à aider, mais elles ne sont pas connues. Par exemple, si une entreprise sort 22 000 €, il lui en coûte en réalité 8 000 € après défiscalisation à hauteur de 63 %. Il n’y a jamais eu un pilote de Formule 1 originaire de la région. Là, on parle de visibilité européenne. »

Crédit : Le voix du Nord - Philippe Leclercq

Emilie VAZ DE JESUS